L'élève qui n'a ni bottes, ni combinaison un jour où il pleut à seaux. Le parent qui trouve que "les enfants ne travaillent pas assez". Le collègue qui lève les sourcils.
Vous avez peut-être déjà eu cette envie de faire classe dehors plus souvent : emmener vos élèves observer le rythme des saisons, écrire sous un arbre, mesurer des troncs, écouter les oiseaux, résoudre des problèmes dans la cour ou au parc.
Puis, presque aussitôt, une petite voix commence sa liste :
"Et si un élève n'a pas l'équipement adapté à la météo ?"
"Les parents vont penser qu'on se promène ou qu'on ne fait que jouer au lieu d'apprendre."
"Mon directeur va trouver ça compliqué."
"Mes collègues vont me regarder comme si je faisais de l'animation plutôt que de l'école."
Alors vous repoussez, rien qu'en imaginant tout ce qu'il faudra gérer.
Les vrais freins ne sont pas toujours pédagogiques
Quand on demande aux enseignants pourquoi ils ne sortent pas davantage, leurs réponses évoquent rarement les apprentissages.
Les professeurs parlent plutôt de météo, de vêtements adaptés, d'organisation, d'autorisations, de sécurité, du regard des autres.
C'est peut-être là le plus grand paradoxe : la plupart des enseignants savent très bien qu'on peut apprendre dehors. Ce qui les freine n'est pas la pédagogie, mais tout ce qui gravite autour.
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Frein n° 1 : le poids des regards
En tant qu'enseignant, l'école est un lieu où l'on est observé par les familles, les collègues et la hiérarchie.
Sortir de la salle de classe, c'est aussi sortir d'un cadre habituel, familier et rassurant : cela demande une certaine confiance, parce qu'on sait que la moindre difficulté sera plus visible.
Il y a l'enfant qui revient avec les chaussures et les vêtements pleins de boue, faut d'avoir eu l'équipement adéquat.
Le parent qui demande : "Mais ils ont fait quoi aujourd'hui ? Ils étaient encore dehors ?"
Le collègue qui glisse, sans mauvaise intention : "Mais tu as le temps, toi, de faire ça ?"
Ces remarques ne sont pas forcément fréquentes, mais l'anticipation de celles-ci suffit à faire rester de nombreux professeurs en classe.
Solution : ne pas chercher à convaincre tout le monde
Il est tentant de vouloir rassurer tout le monde avant de commencer. Pourtant, il est rare d'obtenir une adhésion totale dès le départ.
En revanche, ce qui convainc souvent, ce sont les faits : des élèves qui, au fil des séances régulières d'école du dehors, gagnent en autonomie, coopèrent plus facilement, développent leur curiosité et reviennent en classe mieux disposés à apprendre.
Les expériences vécues parlent souvent bien mieux que les grands discours...
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Frein n° 2 : la quête de la perfection
Cet autre frein est plus discret, mais n'en reste pas moins réel. On imagine souvent que pour faire école dehors, il faut avoir un projet extraordinaire, ne forêt magnifique, du matériel spécifique, une séquence parfaitement construite et une météo idéale.
Résultat ? On attend le bon moment. Qui n'arrive jamais, évidemment.
En réalité, une sortie de 30 minutes dans la cour peut déjà devenir une séance efficacede français, de mathématiques ou de sciences.
Solution : commencer petit, c'est déjà commencer
L'école du dehors n'est pas un modèle à appliquer parfaitement (d'ailleurs, aucune pédagogie n'est comme ça, et tant mieux car ce serait d'un ennui mortel !).
C'est une pratique qui se construit petit à petit, au fil de la régularité des séances.
Chaque sortie permet d'ajuster l'organisation, les élèves prennent des habitudes, les familles apprennent à comprennent le fonctionnement. Et vous aussi, progressivement, vous construisez vos repères.
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Mes conseils pour débuter en école du dehors
Commencez par un lieu que vous connaissez : inutile d'organiser une expédition. La cour, le jardin de l'école, ou bien le petit parc à 5 minutes de l'école peuvent largement suffire. L'objectif n'est pas de partir loin, mais de changer de cadre.
Prévoyez une activité que vous maîtrisez déjà : pas besoin de chercher à réinventer l'eau chaude. Prenez une séance que vous faites régulièrement en classe et demandez-vous simplement : "Comment pourrais-je l'enseigner dehors ?" Lecture, production d'écrit, calcul mental, géométrie, sciences... Beaucoup d'activités se transposent naturellement.
Informez les familles en amont : quelques lignes dans le cahier de liaison ou sur l'ENT peuvent éviter bien des incompréhensions. Expliquez que les sorties s'inscrivent dans le cadre des apprentissages et précisez les besoins : une tenue adaptée à la météo, des chaussures confortables, une gourde. Les parents adhèrent souvent plus facilement lorsqu'ils comprennent le sens de la démarche.
Impliquez les parents : proposer aux parents d'élèves de vous accompagner en école du dehors présente de nombreux avantages. Leur présence renforce l'encadrement et la sécurité, tout en favorisant des activités en petits groupes, plus propices à l'observation, à l'exploration et à l'autonomie des élèves. C'est aussi une occasion de faire découvrir aux familles les objectifs pédagogiques de l'école du dehors, de créer un lien de confiance avec l'équipe enseignante et de valoriser les apprentissages vécus par les enfants. Cette collaboration contribue ainsi à construire une véritable communauté éducative autour du projet.
Gardez des traces des apprentissages : prenez quelques photos des activités réalisées pour en garder une trace. Vous pouvez ensuite les afficher dans le couloir, les poster sur l'ENT ou sur une application type Klassly par exemple. Il y a aussi des activités qui sont déjà des traces écrites à elles seules (ex : peintures naturelles, cyanotypes) et, si vos élèves savent écrire, ils peuvent écrire une trace écrite résumant leurs apprentissages. Cela permet de montrer que la nature est bien un lieu d'apprentissage, pas une simple récréation prolongée.
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L'école du dehors constitue une véritable opportunité pédagogique, dont il serait dommage de se priver. Elle offre aux élèves un cadre d'apprentissage vivant, stimulant et concret, tout en favorisant leur bien-être, leur autonomie et leur engagement. Oser franchir le pas, même à petite échelle, c'est enrichir durablement les pratiques d'enseignement, et permettre aux enfants de développer une relation curieuse et responsable avec leur environnement.