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"Tu devrais..." : merci pour ces conseils que je n'avais absolument pas demandés

"Tu devrais..." : merci pour ces conseils que je n'avais absolument pas demandés
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Lorsqu'on s'engage dans un parcours professionnel, il existe une discipline olympique très pratiquée par certains : donner des conseils non sollicités.

C’est un sport qui peut être pratiqué par tous : collègues, famille, amis, connaissances, et même des gens rencontrés une seule fois lors d'un repas.

Le principe est simple : vous annoncez une décision importante de votre vie, et quelqu’un vous explique immédiatement pourquoi c’est une mauvaise idée.

Personnellement, j’ai eu un parcours suffisamment atypique pour collectionner un grand nombre de recommandations que je n'avais même pas demandées. Aujourd'hui, je vous présente celles qui m'ont le plus marquée (et que j'ai décidément bien fait de ne pas suivre !).

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Source image : Canva Pro

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"Ne fais pas un CAP Petite Enfance, ça ne te servira à rien !"

 

C'est un conseil que j'ai entendu à plusieurs reprises lorsque j'ai envisagé de préparer ce diplôme. Pourtant, j'ai choisi de ne pas l'écouter. J'ai suivi cette formation en alternance, et je ne l'ai jamais regretté.

Bien sûr, ce CAP ne m'a pas ouvert toutes les portes à lui seul. En revanche, il m'a permis d'acquérir des compétences concrètes, de découvrir le terrain, de travailler auprès de jeunes enfants et de gagner en confiance. L'alternance m'a également appris bien plus que ce que des cours théoriques auraient pu m'apporter.

Aujourd'hui, je me rends compte que ce diplôme m'a été utile bien au-delà de ce que j'imaginais. Il a enrichi mon parcours, m'a donné une expérience professionnelle solide, et m'a confirmé que je souhaitais travailler dans le domaine de l'éducation.

Comme quoi, un diplôme n'est pas "inutile" simplement parce qu'il ne correspond pas au parcours que d'autres auraient choisi pour vous.

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"Je te déconseille de faire ATSEM, c'est un métier où tu ne feras qu'essuyer les fesses des enfants"

 

Ce qui est fou, c'est que cette phrase m'a été dite par... une ancienne ATSEM !

Pendant un instant, je me suis demandée si elle avait raison, mais j'avais envie de me faire ma propre opinion. J'ai donc choisi de ne pas suivre ce conseil.

Au final, j'ai exercé le métier d'ATSEM pendant presque 3 ans, et cette expérience m'a énormément apporté.

Oui, accompagner les enfants dans l'acquisition de la propreté fait partie des missions de ce métier. Mais réduire le rôle des ATSEM à cela est profondément injuste. Une ATSEM, c'est aussi une professionnelle qui accompagne les enfants au quotidien, participe aux activités pédagogiques, prépare le matériel, veille à leur sécurité, les aide à gagner en autonomie, et travaille en étroite collaboration avec les enseignants.

Ces années m'ont appris bien plus que je ne l'aurais imaginé. Elles m'ont permis de développer des compétences que j'utilise encore aujourd'hui, et de mieux comprendre le fonctionnement d'une école maternelle.

Cette expérience m'a surtout appris une chose : il ne faut jamais résumer un métier à sa tâche la moins valorisante.

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Source image : Canva Pro

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"Tu devrais quand même repasser le concours, au cas où ça se passe mal dans ta nouvelle école."

Ce conseil m'a été donné par une ancienne collègue, à qui je venais d'annoncer que je venais d'être embauchée en CDI dans l'école alternative où je travaille encore aujourd'hui.

Je venais expliquer que j’étais enthousiaste, enfin alignée avec mes valeurs pédagogiques, et très heureuse de rejoindre un projet stimulant… Et la réponse de cette collègue, froide, implacable, signifiait : “Oui, mais as-tu envisagé l’échec ?” 

Évidemment, derrière cette phrase, il y avait surtout de l’inquiétude. Dans l’imaginaire collectif, renoncer à un poste “sécurisé” dans l’Education Nationale reste souvent perçu comme une décision risquée. En réalité, pour la première fois et grâce à l'obtention de ce poste, j’avais surtout le sentiment d’être exactement à ma place !

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"Tu devrais peut-être te reconvertir, ça fait presque 10 ans que tu es dans les études."

Comme de nombreux étudiants, j'ai dû faire une pause entre mes deux années de Master, pour des raisons financières. Durant cette pause, loin de rester sans rien faire, je travaillais en tant qu'ATSEM. Ce conseil m'a été donné par une ancienne copine, lors de cette période de transition.

Ce qui est fascinant, c’est que la personne qui m'a dit ça ne considérait pas mes années passées comme animatrice ou ATSEM comme de “vraies” expériences. Dans son esprit, j'étais tout simplement “en retard”. En réalité, ces années-là m’ont plus appris sur les enfants, l'inclusion, l'organisation, l’autonomie et la patience que bien des cours théoriques.

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"Il ne faut pas faire prof, ça ne paie pas assez."

Ce conseil, ou plutôt cette injonction, m'a été donné par une autre copine qui, à l'époque, galérait dans ses études d'ingénieure. Avec le recul, je pense qu'elle avait besoin de se rassurer sur son propre choix de parcours.

Évidemment que la question du salaire des enseignants en France est importante, et mérite d’être discutée. Cependant, ce qui me choque, c’est le nombre de personnes qui associent : “ce métier est mal reconnu” et “tu ne devrais pas choisir cette profession”.

Comme si la solution logique à un problème collectif était de décourager individuellement ceux qui veulent s’y engager. C’est un peu comme regarder une maison prendre feu et dire : "Franchement, n’allez pas chercher de pompiers, ils sont si mal payés.”

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"Mais avec les compétences et le parcours que tu as, tu devrais être directrice de crèche !"

Je le dis tout de suite, je n’ai évidemment rien contre les directrices de crèche, dont je respecte l'immense travail. La personne qui a dit ça s'inquiétait parce que j'ai passé le concours d'enseignante plusieurs fois sans l'obtenir, et elle pensait à mon bien en me proposant cette option.

Or, je pense ne choquer personne du milieu éducatif en disant qu'enseignante et directrice de crèche sont deux métiers qui n'ont strictement rien à voir. J'ai de l'expérience en crèche, et je sais que je ne suis pas faite pour ce cadre. Mon truc, c'est vraiment l'enseignement (sinon, je ne me serai pas accrochée tant d'années à ce rêve !).

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"Passe le CRPE en région parisienne, c'est beaucoup plus facile de l'avoir là-bas !"

Comme si “partir enseigner à plusieurs centaines de kilomètres de chez soi” était un détail logistique comparable à "prendre la caisse n°3, parce qu'elle avance plus vite".

Ce qui me dérange particulièrement dans ce conseil, c’est l’idée implicite que lorsqu’on veut devenir enseignant, il faudrait être prêt à partir n’importe où, n’importe quand, avec l’enthousiasme d’un candidat à Koh-Lanta

Ce conseil n’est pas complètement absurde : beaucoup de personnes ont réellement choisi cette option, et y ont trouvé leur équilibre. Il révèle néanmoins quelque chose de profondément installé dans le métier : la normalisation du sacrifice de tout son équilibre personnel...

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"Mais vous êtes sûre qu'avec vos difficultés en maths, vous ne devriez pas choisir un autre métier ?"

J'ai été diagnostiquée, à 23 ans, d'une dyscalculie, après des années de souffrance, durant lesquelles je ne comprenais pas pourquoi mes difficultés en maths persistaient.

Ce diagnostic m'a permis de mieux comprendre ce problème, d'être suivie par une professionnelle, et d'avoir droit à un tiers-temps pour les épreuves de mathématiques, lors de mes examens et concours.

Quand j'ai reçu ce diagnostic, j'étais en première année de Master MEEF, et je suis donc allée voir le coordinateur pédagogique du Master pour lui expliquer que j'avais besoin d'un tiers-temps. 

C'est là qu'il m'a dit cette phrase cinglante, qui m'avait laissée sans voix à l'époque. Pendant des années, j'avais déjà douté de mes capacités à devenir enseignante, à cause de mes difficultés. Entendre cette remarque, au moment où je venais enfin de mettre un nom sur ce que je vivais, a été particulièrement violent.

Avec le recul, je réalise que cette phrase reposait sur une idée fausse : avoir une dyscalculie n'empêche pas d'être une bonne enseignante. J'avais besoin d'aménagements, pas qu'on remette en question mon projet professionnel.

Aujourd'hui, je suis heureuse de ne pas avoir suivi ce "conseil". Si je l'avais écouté, je me serais privée d'expérimenter un métier que j'aime profondément.

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Avec le recul, je réalise que la plupart de ces conseils parlaient beaucoup plus des peurs des autres que de mes propres choix. La peur du manque de stabilité, de sortir du cadre, d'échouer, de regretter. Et c’est normal, au fond. Quand on choisit un chemin un peu différent, cela rappelle à certains qu’eux-mêmes n’auraient pas osé le prendre.

Si je devais dire quelque chose aux étudiants, aux futurs enseignants ou à ceux qui hésitent encore, ce serait que votre parcours n’a pas besoin d’être parfaitement linéaire pour avoir du sens. Vous avez le droit d’hésiter, de changer d’avis, de faire une pause, de tester autre chose, de bifurquer et de recommencer. Bref, vous avez le droit de construire une manière d’enseigner qui vous ressemble.

Il n'y a pas que les trajectoires propres, stables et rassurantes. Dans la vraie vie, beaucoup d'enseignants épanouis se construisent justement dans les détours...

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